Je l’avoue, je ne connaissais pratiquement rien de l’histoire de Belfast avant d’y aller. Oui, je savais que la ville avait connu une période mouvementée et a été pendant longtemps une destination à éviter. Mais l’époque des Troubles remonte à il y a plus de vingt ans, à une époque où j’étais encore une enfant et m’intéressais peu à ce qui se passait ailleurs dans le monde.

Découvrir Belfast, la capitale de l’Irlande du Nord, et son histoire m’a renversée. Premièrement, parce que je ne comprends pas comment j’ai pu rester ignorante pendant aussi longtemps des tumultes vécus par cette nation. Deuxièmement, parce que la paix a beau avoir été signée il y a vingt ans, Belfast porte encore les marques et la tension d’une ville en conflit.

Ceci est surtout visible le long des fameux Peace Lines de la ville. Construits dans les années 70, ces « murs de la paix » servaient à séparer les quartiers protestants des quartiers catholiques. On en compte plus de 34 kilomètres en Irlande du Nord, la majorité se trouvant à Belfast. Ils ont été construits à une époque où les tensions entre les Catholiques (majoritairement Républicains, donc qui souhaitent que l’Irlande du Nord devienne un pays à part entière) et les Protestants (majoritairement Loyalistes, donc qui souhaitent rester au sein du Royaume-Uni) étaient particulièrement vives. Les murs devaient être temporaires. Ils sont toujours là, près de 50 ans plus tard.

Peace Line de Belfast
Promenade le long du Peace Line de Belfast

Il faut dire qu’encore aujourd’hui, Catholiques comme Protestants considèrent que ces murs fonctionnent et permettent de diminuer les altercations violentes entre les deux communautés. Les points d’accès entre les quartiers sont fermés à 19h tous les soirs, rendant ainsi impossible la circulation d’une communauté à l’autre la nuit.

Mur international de Belfast
Belfast, comme Berlin, a aussi son mur…

J’avoue que j’ai été un peu renversée d’apprendre que de telles barrières existaient encore dans l’Europe du 21e siècle. Et qu’il existait encore des tensions entre les communautés. Mais Belfast a beau être une ville branchée et moderne, les fils barbelés et les barrières anti-bombe sont encore présents, preuves que l’époque des Troubles n’est pas si lointaine que ça…

Mur international de Belfast
Les murs servent de plateforme de revendication pour différentes causes à travers le monde

Et au-delà des murs, la meilleure façon de se rendre compte du fossé qui sépare les communautés est de passer par ces quartiers et d’en constater les différences. Du côté catholique, le drapeau irlandais flotte partout, et on ne compte plus le nombre de murales à saveur politique. Celles-ci dépeignent des moments importants de l’histoire irlandaise, rendent hommage aux victimes des Troubles et font parfois la promotion des groupes paramilitaires.

La plus célèbre, la murale rendant hommage à l’activiste Bobby Sands, décédé suite à une grève de la faim, est l’une des murales les plus photographiées d’Europe.

Murale Bobby Sands
Hommage à Bobby Sands

Du côté loyaliste, c’est l’Union Jack qui règne en maître. On retrouve aussi des murales, un peu plus militaristes, mais toutes aussi significatives et chargées de messages politiques.

Visiter Belfast, c’est donc plonger au cœur d’une ville qui semble encore divisée, d’une tension qui semble encore vive. C’est aussi se rappeler qu’il y a encore des murs à faire tomber. Il y a un projet de démantèlement des Peace Lines d’ici 2023. En espérant que Belfast un jour n’ait plus besoin de ces « murs de la paix » pour vivre en paix.

Belfast
Peut-être qu’un jour, les barbelés de Belfast seront chose du passé

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Rédigé par Vanessa

Voyageuse dans l'âme, lectrice avide et exploratrice passionnée! Franco-Ontarienne, présentement à Casselman, Ontario.

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